
Bruxelles, Washington et la Californie veulent faire contrôler les grands modèles d'IA
Le 14 octobre à Dublin, la Commission européenne a annoncé ses premières actions pour faire appliquer l’AI Act, après un été marqué par des agents d’IA sortis de leur environnement de test. Dix jours plus tôt, Donald Trump confiait la coordination de l’IA à son directeur du renseignement national.
Ce qu’il faut savoir
- Ce que fait Bruxelles : « Cet été, nous avons vu des agents d’IA s’échapper de leur environnement, insérer du code malveillant et tromper des humains », a déclaré la vice-présidente de la Commission Henna Virkkunen. L’AI Office a envoyé ses premières demandes d’information, sur la sécurité des modèles, leur évaluation par des tiers et le suivi de leurs usages. Son discours ne nomme aucune entreprise, Euronews cite OpenAI et Anthropic. Le rapport d’enquête sur l’incident de Hugging Face lui donne raison sur le mot, contrairement à ce qu’affirmait notre édition de septembre, depuis corrigée.
- Ce que fait Washington : le 19 septembre, Donald Trump annonçait une « AI Force » sur le modèle de la Space Force, en promettant de ne « freiner en rien » l’industrie. Le 4 octobre, il a lancé une « Super Intelligence Force » et nommé à sa tête Jay Clayton, son directeur du renseignement national. Il affirme aussi que plusieurs entreprises d’IA ont signé fin septembre un accord volontaire prévoyant des évaluations internes et externes de leurs travaux.
- Ce que fait la Californie : le 18 septembre, le gouverneur Gavin Newsom a signé un décret qui cite l’attaque contre Hugging Face et charge des experts de proposer de nouvelles règles sous deux mois. Parmi les pistes étudiées : faire rédiger les plans de sécurité des laboratoires par des tiers indépendants, et leur imposer un mécanisme d’arrêt d’urgence pour leurs modèles les plus puissants.
Enjeux et perspectives
Le mois dernier, Dario Amodei (Anthropic) proposait d’ouvrir les laboratoires à des évaluateurs indépendants, et Washington refusait tout ralentissement. Un mois plus tard, l’idée revient par trois chemins : un accord volontaire annoncé à la Maison-Blanche, des experts mandatés en Californie, des demandes d’information envoyées par Bruxelles. Le premier rendez-vous daté est californien, avec un guide attendu vers la mi-novembre.
En six semaines, Meta a lancé Muse, Microsoft a dévoilé Autopilot, OpenAI ses dots, Google Gemini agent et, le 21 octobre, Anthropic son Claude Duet. xAI avait sorti Grok Bot dès août. Tous promettent la même chose : un assistant qui se branche sur vos outils, à qui l’on écrit comme à un collègue, et qui continue à travailler en votre absence.
Ce qu’il faut savoir
- Ils prennent l’initiative : un assistant attend votre question, ces agents surveillent ce qui se passe dans les outils auxquels on les branche. OpenAI cite l’un de ses premiers utilisateurs, dont l’agent a repéré une prestation oubliée, préparé la facture et l’a envoyée après son accord. Claude Duet, lui, envoie chaque matin un court résumé de ce qui demande votre attention dans vos applications.
- Ils suivent un dossier sur plusieurs jours : là où une conversation rend un résultat puis s’arrête, ils reprennent d’eux-mêmes quand il le faut. Pour préparer une présentation, l’agent sollicite les collègues concernés, attend leurs réponses, complète par des recherches en ligne, puis vous soumet une première version et reprend vos corrections.
- Ils travaillent dans vos outils : chacun dispose de son propre ordinateur et se connecte à la messagerie, à l’agenda ou au logiciel de gestion des clients. Le résultat n’arrive pas dans une fenêtre de conversation à recopier, il est déposé directement là où il doit être.
- Ils apprennent à votre contact : ils retiennent vos préférences et vos corrections, et s’y ajustent d’une tâche à l’autre. Certains apprennent même une tâche en vous regardant la faire une fois, puis la reprennent seuls.
Enjeux et perspectives
Anthropic destine explicitement Claude Duet aux professionnels et aux dirigeants de petites entreprises, mais il reste pour l’instant réservé aux abonnés américains, sur liste d’attente. Les géants rejoignent ce que proposaient déjà des projets open source comme OpenClaw, qu’on pilote depuis WhatsApp ou Telegram, ou Hermes Agent, de Nous Research. Les usages restent à inventer : les exemples publiés viennent surtout des éditeurs et de leurs premiers testeurs. Pour un premier essai, une tâche qui revient chaque semaine fait un bon candidat.
Genève et la Confédération encadrent l'IA dans leur administration
Le 18 septembre, le canton de Genève a présenté les 22 recommandations d’une étude de l’Université de Genève, sur lesquelles il entend s’appuyer pour sa future stratégie d’IA. Le 2 octobre, le Conseil fédéral adoptait un rapport sur l’automatisation et l’IA dans l’administration fédérale. Deux textes à deux semaines d’écart, et une même prudence.
Ce qu’il faut savoir
- Ce que recommande Genève : partir des besoins des services plutôt que des possibilités de la technologie, expérimenter avant de généraliser, et tenir un registre cantonal des outils d’IA qui interviennent dans des décisions, comme l’octroi d’une autorisation ou d’une subvention.
- Ce que vise Berne : rédigé à la demande du Parlement, le rapport veut simplifier les procédures et accélérer le traitement des dossiers. Avec l’évolution démographique et la hausse des volumes de données, l’administration fédérale devra en effet accomplir autant de tâches, voire davantage, avec moins de personnel. Cinq domaines sont prioritaires, dont la traduction, l’examen des demandes et la vérification des transactions financières.
- Ce que les deux textes reconnaissent : le rapport genevois écrit que les études « ne démontrent pas, pour l’instant, de gains d’efficacité significatifs » à l’échelle d’une organisation, et juge « urgent de ne pas se précipiter ». Le rapport fédéral ne chiffre pas encore de gains, admet ne pas pouvoir mesurer ce que la Confédération a déjà investi faute de vue d’ensemble, et rappelle que l’IA fait « généralement partie des approches les plus coûteuses ».
Enjeux et perspectives
Le mois dernier, nous décrivions les outils d’IA que Genève et Vaud déploient dans leur administration. Les deux textes de ce mois commencent par savoir ce qui est déjà en service : Genève se voit recommander un registre de ses systèmes, et Berne améliorera d’abord sa vue d’ensemble. La Confédération annonce aussi une analyse de rentabilité pour chacun de ses cinq domaines, de quoi espérer de premiers chiffres d’ici un à deux ans. Le rapport genevois invite enfin les cantons à partager leurs retours d’expérience pour « contrebalancer la pression marketing des acteurs de l’industrie ».
Le 8 octobre, la Haute école de Lucerne a publié son rapport annuel sur l’emploi dans l’IA : environ 5 000 offres liées à l’IA et à la donnée ont été publiées en Suisse entre juillet 2025 et juin 2026, 32 % de plus qu’un an plus tôt. Et ce ne sont pas les grands groupes qui recrutent le plus.
Ce qu’il faut savoir
- Les PME en tête : six offres sur dix sont publiées par des PME, et elles sont à l’origine des trois quarts des offres supplémentaires de l’année. L’IA sort donc des grands groupes pour gagner l’ensemble de l’économie, et les dix principaux secteurs du pays recrutent tous davantage.
- Genève deuxième, derrière Zurich : Zurich concentre 45 % des offres. Sur deux ans, Genève arrive deuxième avec 1 082 annonces, devant Berne et Vaud. Le secteur public est celui qui progresse le plus, de 67 %, et l’Office des Nations unies à Genève y est le deuxième employeur, derrière le canton de Zurich.
- Peu de place pour les débutants : les postes de débutant ne représentent que 5 % des offres. Le rapport note que les annonces demandent souvent deux à trois ans d’expérience, même pour des postes manifestement destinés à des débutants. Les stages, eux, progressent de 27 %.
Enjeux et perspectives
Fin 2025, le portail PME de la Confédération faisait état d’un recul de 18 % des offres informatiques en général. Les offres liées à l’IA suivent le mouvement inverse, et leur nature change : les entreprises cherchent de plus en plus des profils capables d’intégrer l’IA dans leurs produits et leurs processus, et de faire le lien entre la technique et le métier. Les offres de chefs de produit progressent de 58 %, celles de consultants en IA de 50 %. Et l’écart entre débutants et profils expérimentés se creuse encore : les postes seniors sont ceux qui progressent le plus vite, de 42 %.
ChatGPT teste un onglet Cartes, déjà visible en France, qui recommande restaurants, cafés et commerces autour de vous. Le 12 octobre, une étude suisse a mesuré qui ces assistants citent vraiment : sur 276 commerces indépendants de six villes, dont Genève et Lausanne, 41 % n’apparaissent dans aucune réponse.
Ce qu’il faut savoir
- Ce qu’a mesuré l’étude : le 1er octobre, 1 728 questions du quotidien ont été posées à ChatGPT, Gemini, Claude et Perplexity, sur des boulangeries, dentistes, coiffeurs, garages ou vétérinaires. Plus de la moitié des réponses ne citaient aucun des commerces suivis, mais plutôt des chaînes et des grandes marques, comme Migros et Coop pour les boulangeries.
- Ce qui va avec le fait d’être cité : les commerces présents sur les sites que les IA consultent, comme local.ch, search.ch ou les classements locaux, sont cités deux fois plus souvent. Ceux qui ont le plus d’avis Google le sont 1,7 fois plus. Indiquer sa ville et son métier dans le titre de son site aide aussi. Afficher ses horaires et ses prix en texte, en revanche, ne change rien de mesurable.
- Les assistants ne citent pas les mêmes : Gemini est celui qui nomme le plus de commerces indépendants, devant Claude, ChatGPT puis Perplexity.
Enjeux et perspectives
L’étude mesure un lien, pas une cause : un commerce qui a beaucoup d’avis est souvent plus connu en général. L’Union suisse des arts et métiers juge les chiffres « intéressants, mais pas une raison de s’inquiéter », rappelle que l’étude émane d’un éditeur qui vend lui-même des solutions de visibilité, et que les recommandations personnelles restent décisives pour un petit commerce. Le constat de fond tient pourtant : quand on demande le meilleur, dans 52 % des cas, le commerce recommandé n’apparaissait dans les sources citées par l’IA que sur un site tiers : guide, classement ou annuaire. La prochaine mesure aura lieu le 1er novembre.
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Le 5 octobre, OpenAI a annoncé qu’il ajoutera dans les prochaines semaines un filigrane invisible aux textes produits par ChatGPT et Codex dans l’Union européenne, pour se conformer à l’AI Act. Ce marquage ne se voit pas à la lecture : il tient à la manière dont le modèle choisit ses mots.
Ce qu’il faut savoir
- Comment ça marche : le modèle glisse un signal statistique dans le choix de ses mots. Un détecteur peut ensuite le retrouver, mais OpenAI le réserve pour l’instant à des chercheurs et à des organismes approuvés. Selon ses tests, le marquage ne change pas la qualité des réponses.
- Facile à effacer : selon OpenAI, remplacer un mot sur dix par un synonyme fait tomber la détection de 92 % à 66 %, et un mot sur quatre la fait chuter à 17 %. Les textes courts, traduits ou portant sur les mathématiques sont aussi plus difficiles à repérer.
- Ce qu’il ne prouve pas : un filigrane n’identifie pas l’utilisateur et ne dit pas si le texte est exact. Surtout, son absence ne prouve pas qu’un humain a écrit le texte, qui peut avoir été retouché, traduit ou produit par un autre outil.
Enjeux et perspectives
OpenAI ne parle que de l’Union européenne : rien n’est annoncé pour les utilisateurs suisses. Anthropic a fait le choix inverse en août, en marquant les textes de Claude dans le monde entier, faute de savoir encore cibler une région. Et comme l’écrit OpenAI, un filigrane ne dit pas si l’usage de l’IA devait être signalé. Ce que les entreprises doivent elles-mêmes signaler, nous le détaillions en août dans notre article sur le marquage des contenus IA.
Le 1er octobre, l’hébergeur genevois Infomaniak a fait son entrée à la Bourse suisse, sous le symbole INFO. Ouvert à 56 francs, le titre est monté jusqu’à 140 francs avant de clôturer à 84. L’opération, pourtant, ne lui a rapporté aucun argent frais.
Ce qu’il faut savoir
- Pourquoi aucune levée de fonds : Infomaniak n’a pas vendu d’actions nouvelles. Il a pris le contrôle de Perrot Duval, une holding déjà cotée, dont les actionnaires ont approuvé l’opération le 24 septembre. Cette prise de contrôle inversée lui ouvre l’accès aux marchés de capitaux pour plus tard.
- Qui garde la main : en mai, le fondateur et les actionnaires ont cédé à l’unanimité une partie de leurs droits de vote à une fondation d’utilité publique. Elle détient la majorité des voix grâce à des actions non cotées, et seules les autres s’échangent en Bourse. Infomaniak le justifie ainsi : une organisation publique qui lui confie ses données « veut savoir qui contrôlera son fournisseur dans dix ans ».
- Ce que la cotation doit financer : plus de vingt produits d’ici 2030 et un cinquième centre de données de 2,5 mégawatts prévu en 2028, le plus grand projet d’infrastructure de son histoire, qui chauffera 12 000 foyers. Pour ses clients, l’entreprise promet que « rien ne change » dans ses services, ses contrats ou sa politique tarifaire.
Enjeux et perspectives
Infomaniak justifie le calendrier par la demande en solutions souveraines et par l’IA, qui « multiplie les besoins de calcul ». Son offre phare se présente comme une alternative suisse à Microsoft 365, avec son propre assistant IA. La demande publique suit : le crédit de 246,9 millions de francs voté fin 2024 pour le cloud de la Confédération prévoit de privilégier, dans la mesure du possible, les logiciels libres et les entreprises établies en Suisse.
L'IA aide aussi à produire plus de pétrole
Le 15 octobre, une tribune publiée par Swissinfo a remis en lumière une étude parue en août : selon ses scénarios, l’usage de l’IA dans l’énergie ajouterait chaque année entre 0,47 et 1,8 milliard de tonnes de CO₂, parce qu’il rend aussi l’extraction de pétrole et de gaz plus efficace.
Ce qu’il faut savoir
- Ce que mesure l’étude : parue dans la revue npj Climate Action, elle traite l’IA comme un accélérateur de productivité, pour les énergies renouvelables comme pour les fossiles. Quand les deux en profitent, les émissions rendues possibles côté fossiles dépassent celles évitées côté renouvelables. Le surplus équivaut à 1,2 à 4,8 % des émissions mondiales de CO₂ liées à l’énergie en 2024.
- Ce que dit Equinor : le groupe pétrolier et gazier norvégien chiffre à 130 millions de dollars les gains et économies que l’IA lui a apportés en 2025, à lui et à ses partenaires. Il la juge « cruciale » pour son objectif au large de la Norvège : maintenir sa production au niveau de 2020 jusqu’en 2035. Elle lui permet d’analyser les données sismiques dix fois plus vite, une étape clé pour trouver de nouveaux gisements.
- Les centres de données pèsent aussi : au Texas, un complexe de centrales à gaz et de centres de données a obtenu en janvier le plus important permis de pollution de l’air des États-Unis, jusqu’à 33 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an selon les documents du permis. C’est environ les trois quarts des émissions annuelles de la Suisse, même s’il s’agit d’un plafond autorisé et non d’émissions mesurées.
Enjeux et perspectives
Deux des quatre auteurs sont liés à une campagne de plaidoyer sur le climat et l’IA, un lien non financier qu’ils déclarent. Leur travail reste un modèle, et ils préviennent eux-mêmes que les montants réels différeront probablement, mais pas le sens de l’effet. Dans un rapport d’avril 2025, l’Agence internationale de l’énergie arrivait à une conclusion plus nuancée : les applications d’IA existantes pourraient permettre des réductions équivalant à environ 5 % des émissions liées à l’énergie en 2035, « bien plus » que ce qu’émettent les centres de données, mais « bien moins » que ce qu’exige le climat. Les deux travaux se rejoignent sur un point : l’effet de l’IA sur le climat se joue davantage dans ses usages que dans ses centres de données.
Entre le 22 septembre et le 15 octobre, Anthropic, OpenAI, Google, Reflection AI, Mistral, Meta et Microsoft ont tous présenté un nouveau modèle. Voici ce qui est sorti, et à quoi chacun sert.
Ce qui est sorti
| Sortie | Quand | Utile pour quoi |
|---|---|---|
| Claude Opus 5.5, Sonnet 5.5 et Haiku 5.5Anthropic | 22 sept. au 7 oct. | Toute la gamme renouvelée en quinze jours. Selon Anthropic, Opus 5.5 atteint le niveau de Fable 5.1 sur la plupart des tâches, pour 40 % moins cher qu’Opus 5 |
| GPT-6.1 SolOpenAI | 29 sept. | La programmation, le pilotage d’un ordinateur et les tâches de bureau. Selon OpenAI, une intelligence proche d’Astra pour un cinquième de son prix |
| Gemini 4 ArgonGoogle | 30 sept. | Le nouveau modèle de pointe de Google, pour le code, le droit, la finance et la cyberdéfense. Réservé pour l’instant à des spécialistes de la sécurité informatique |
| BeamReflection AI | 5 oct. | Un modèle américain qu’on peut installer chez soi et utiliser librement, y compris à des fins commerciales. Texte uniquement |
| Mistral Large 4Mistral | 6 oct. | Un modèle de 1 000 milliards de paramètres, conçu pour que les entreprises gardent la main sur leur IA. Testable dès maintenant, poids promis d’ici fin octobre |
| Muse Spark OpenMeta | 15 oct. | Selon Meta, le modèle ouvert américain le plus performant à ce jour. Il tourne sur deux Mac Studio reliés, une première pour un modèle de cette taille |
| MAI-Base-2Microsoft | 15 oct. | Un modèle de 2 800 milliards de paramètres entraîné par Microsoft. Encore en cours d’affinage, il servira d’abord à ses propres produits |
Ce qui est vraiment ouvert
Trois de ces modèles sont présentés comme ouverts, à des degrés très différents. Beam est le seul publié sous une licence libre classique, Apache 2.0. Meta a publié les poids de Muse Spark Open sous sa propre licence, assortie de conditions. Mistral promet ceux de Large 4 d’ici la fin du mois. Microsoft, lui, prévoit de proposer les poids de MAI-Base-2 à des partenaires de confiance.
1. Qu’est-ce que c’est ?
REA, pour « Reverse Engineer Anything », donne à un assistant de programmation IA, comme Claude Code ou Codex, les outils des spécialistes de la rétro-ingénierie. On lui désigne un programme dont on n’a pas le code source, il le démonte et explique comment il fonctionne, preuves à l’appui. Gratuit et open source, il est passé de moins de 10 000 à plus de 300 000 étoiles sur GitHub entre le 6 et le 20 octobre.
2. Pourquoi c’est fascinant ?
Parce que ses premiers utilisateurs s’en servent pour reprendre la main sur leurs appareils. L’un a décodé la façon dont les télévisions Xiaomi reçoivent leurs ordres, et les pilote maintenant depuis son Mac. Un autre a transformé une mini-imprimante Bluetooth, prévue pour une seule application de téléphone, en imprimante Windows ordinaire. D’autres ressuscitent des logiciels disparus : un synthétiseur vocal finlandais de 1990, qui ne tournait que sous MS-DOS, reparle sur un ordinateur actuel, avec un son identique à l’original sur 86 tests sur 89. On peut même l’écouter tel qu’il sortait du haut-parleur d’un PC des années 1980. La même semaine, d’autres ont fait débarrasser leur télévision Android de ses publicités par un simple assistant IA, sans même avoir besoin de REA.
3. Pourquoi c’est limité ?
Le droit, d’abord : en Suisse comme dans l’Union européenne, on peut décrypter un logiciel qu’on a le droit d’utiliser pour le faire dialoguer avec d’autres programmes, pas pour le copier. REA refuse d’ailleurs d’aider à contourner une protection, et l’auteur d’alternatives libres à Photoshop écrites avec l’IA dit l’avoir évité par crainte de procès. Ensuite, ces réussites restent artisanales : la plupart ne sont testées que sur un seul modèle d’appareil, et certains utilisateurs jugent qu’un assistant de programmation fait aussi bien sans REA.
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